Nous projetons, pour l'été 2012, un retour sur l'île Beechey, pour rendre à Joseph-René Bellot l'hommage qui lui est du...

Chaque mois depuis juillet 2011, une lettre mensuelle informative est rédigée en vue de ce projet. Nous les insérons ici. Si vous souhaitez les recevoir directement dans votre boîte e-mail, vous pouvez nous envoyer un courrier à cette adresse :

image-dia@nordnet.fr

Nous vous inscrirons sur une liste d'envoi.

POUR CONSULTER LES LETTRES SUIVANTES

MERCI DE SUIVRE CE LIEN :

http://www.latitude50.fr/archives/2013/08/03/27775321.html

 

LETTRE N° 11 - Juin et juillet 2012 

Bonjour,

Le compte à rebours a commencé ! A deux semaines du départ, nous en sommes à régler nombre de points encore, des plus importants comme la réception du téléphone satellite et la vérification de son bon fonctionnement, jusqu'aux détails tout aussi nécessaires comme le conditionnement des repas lyophilisés, en attendant l'ultime revue de détail de l'ensemble de l'équipement, quelques jours avant le départ. Le temps s'accélère et notre impatience est grande... 

Chronologie :

Si vous souhaitez nous suivre, voilà le déroulement des opérations : nous quittons la France le vendredi 27 juillet pour Ottawa capitale du Canada où nous passons la nuit. Dès le lendemain un avion de la First Air (compagnie aérienne inuite) nous transfère à Iqaluit, capitale du Nunavut en terre de Baffin. Après une courte escale de quelques heures, nous repartons pour Resolute Bay, dans le Haut Arctique, communauté inuite et base scientifique installée sur l'île Cornwallis. Un avion privé nous y attend.

Si la fenêtre météo le permet, le transfert sur l'île Beechey pourrait avoir lieu le lendemain. Il faudra auparavant que nous ayons assuré quelques opérations avec des personnes sur place, en particulier la location de fusils sans lesquels nous ne pouvons nous déplacer en sécurité (relative !) en Arctique. Une fois la dépose faite sur l'île Beechey, nous installons notre camp de base, qui sera constitué de trois tentes et d'un espace pour entreposer la nourriture, à l'écart des tentes, et protégé des "curieux", renard polaire, ours blanc... visiteurs que nous espérons bien, néanmoins, "croiser", pendant les 15 à 18 jours où nous comptons rester sur place. La reprise se fera également sous condition météo, nos amis Marie-Claude, Roman et Daniel, quitteront le 20 août Resolute Bay, où nous resterons une semaine de plus.

Que va-t-il se passer pendant ces deux semaines ? Les tâches sont nombreuses et variées : commencer par faire un état des lieux, puis photographier, filmer, randonner, observer la faune ; l'ours blanc étant vous vous en doutez, le personnage le plus "attendu" avec tout ce que cette rencontre signifie... l'ours polaire observé en liberté dans son milieu naturel est une des plus belles émotions qui puisse être vécue, même si elle s'accompagne d'une vigilance extrême. Et si le paysage est figé, c'est que l'île Beechey et sa grande voisine Devon sont désertes, il n'y a pas un seul arbre qui ne vienne heurter la vue et le silence vrai qui s'en dégage est une sensation profondément inhabituelle, il ne faut pas s'y tromper, le temps peut être soudainement instable. Cela signifie quelques mauvais moments à passer, il peut bien sûr pleuvoir (ce que nous craignons le plus...), et neiger (un peu, juste ce qu'il faut !), cela fait aussi partie du jeu. Mais les changements de temps, ce sont aussi les effets de lumière qui subliment le décor et nous plongent dans un univers d'une beauté à couper le souffle.

Pour la part concernant Bellot, nous prévoyons d'élever, en un point qui sera déterminé sur place, un cairn et d'y déposer quelques documents attestant de notre passage et surtout de notre volonté d'inscrire à notre tour, dans le temps et sur le site historique de l'île Beechey, le sacrifice de ce jeune homme aventureux auquel nous nous sommes attachés.

IMPORTANT : 

Vous pourrez nous suivre jusqu'à Resolute Bay et dès notre retour de l'île Beechey, en direct, dans les éditions de LA CROIX DU NORD (pleine page le 20 juillet), qui nous accompagne dans cette belle aventure ! 

Un nouveau prix ! Un dernier mot pour vous annoncer que notre livre Le passage du Nord-Ouest vient d'obtenir un prix d'histoire, décerné par l'Académie de Saintonge !  Le prix nous sera remis en septembre prochain.

Petit retour en arrière... Sans doute vous souvenez-vous qu'en septembre dernier nous vous relations qu'à l'occasion d'un séjour aux îles Shetland (Lettre n°3), nous avions voulu en savoir davantage sur les raisons qui avaient poussé lady Franklin à s'y rendre en 1859, pour se faire conduire sur le point rocheux le plus au nord de la Grande Bretagne. Ainsi voulait-elle, par ce déplacement peu aisé pour cette époque, se rapprocher le plus possible de son mari pour qui la Royal Navy commençait à craindre le pire. C'était un véritable pèlerinage... 

Le lieu s'appelle Muckle Flugga. C'est un rocher déchiré, sur lequel peu de temps après le passage de lady Franklin, on construisit un phare. On ne peut le voir qu'après une longue et rude montée qui traverse la réserve naturelle de la presqu'île d'Hermaness, à l'extrême nord de l'île de Unst. Le mauvais temps ne nous avait pas permis d'aller au bout de la marche et nous vous avions ramené une photographie prise dans la brume et sous la pluie. 

Nous revenons à nouveau des îles Shetland et cette fois la chance était avec nous. Voici Muckle Flugga et son phare, sous la pleine lumière d'une magnifique journée de juin. Le site est totalement isolé, seuls quelques moutons en quasi liberté broutent, et les cris de milliers d'oiseaux vous accompagnent. Hermaness est une des références des milieux ornithologiques, elle abrite (entre autres) la colonie de macareux moines la plus importante d'Ecosse, plus de 25 000 couples estime-t-on ! L'îlot plus petit que vous voyez sur la droite est celui sur lequel lady Franklin voulait également débarquer, prétextant qu'il était encore plus au nord... les marins eurent bien de la peine à l'en dissuader, les conditions d'accostage étant jugées trop périlleuses !

Bonne découverte !

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LETTRE N° 10 - Avril et mai 2012 

 Bonjour,

A deux mois du départ, nos pensées sont régulièrement tournées vers l'île Beechey et le souvenir de ceux qui en ont fait le site historique le plus emblématique de l'Arctique, et tout particulièrement  Joseph-René Bellot. Car si l'île Beechey n'a donné, contre toute attente, aucune réponse aux questions que pose la disparition corps et biens de l'expédition Franklin, elle recèle  tout autant de mystères sur ce qui concerne notre héros...

Quand Bellot, à bord du Prince Albert, quitte l'Ecosse  pour sa première expédition, les inquiétudes sont grandes quant au sort de Franklin et de ses hommes, mais les espoirs de retrouver ne serait-ce que des survivants n'est pas abandonné. Nous sommes pourtant en 1851, c'est à dire 6 ans déjà après le départ de l'Erebus et du Terror, six ans passés sans aucune nouvelle !

Les premières informations parviendront en Angleterre alors que Bellot est au large du Groenland, il s'agit de la découverte du camp d'hivernage de Franklin sur l'île Beechey et des tombes des trois premiers morts de l'expédition. Bellot ne l'apprendra qu'après avoir croisé les navires d'une expédition américaine qui en revenait. A son bord le chirurgien Elisha Kent Kane, présent lors de la découverte des tombes... nous imaginons les discussions et les interrogations qui animèrent les conversations entre les deux hommes, qu'une solide relation d'amitié avait vite rapprochés ! 

A l'aller, le Prince Albert, soucieux de ne pas être rattrapé trop tôt par l'hiver, croise au sud de l'île Beechey sans s'y arrêter, et s'engage dans le Canal du prince Régent, pour finalement hiverner dans la baie Batty, sur la côte est de l'île Somerset. Ce n'est qu'au retour qu'il fait escale à l'île Beechey. Précisément un matin du 19 août 1852. Bellot évidemment ne le sait pas encore, mais il ne lui reste plus, date pour date, qu'un an à vivre... Effectivement, le 19 août de l'année d'après, le jeune homme aura rencontré son destin ! Mais étrangement, de son escale à l'île Beechey, Bellot ne contera pratiquement rien dans son Journal.

Alors qu'il était évident que le premier hivernage de l'expédition Franklin était entaché de plusieurs drames, alors que le site pouvait encore renfermer des indices de ce qui avait pu en être la cause, Bellot n'en dit rien ! Lui qui était si précis dans ses commentaires, si fécond dans ses descriptions, n'aurait-il donc rien écrit de ce qu'il a vu et ressenti en arpentant les grèves de Beechey ?Pourtant, son premier biographe, Julien Lemer, nous apprendra que ses notes contenaient à cette date une trentaine de pages blanches !  Cela ne signifiait-il pas, au contraire, que Bellot se réservait de la place pour écrire ! Qu'aurait-il voulu en dire, est-il revenu en France avec ses notes, ont-elles été égarées après sa mort ? Toutes les supputations sont permises, mais le mystère de Beechey s'en trouve singulièrement épaissi...  

Concernant Bellot, l'île Beechey renferme encore une autre énigme, et pas des moindres ! A la droite des quatre planches tumulaires qui s'opposent à l'inexorable horizontalité de la grève, un emplacement particulier attire l'attention : des pierres éparses mais rassemblées qui dessinent comme un  dessus de tombe, et aujourd'hui (il semble que cela n'a pas toujours été) une pierre dressée. Visiblement il y a eu là une volonté de marquer l'endroit. Lors de nos recherches pour l'écriture du livre sur Bellot et le passage du Nord-Ouest, nous avions déjà rapporté que plusieurs témoignages, ultérieurs à la disparition de Bellot, avaient évoqué l'existence d'une cinquième tombe. L'un d'entre eux signalait même une planche tumulaire supplémentaire sur laquelle était sculpté le nom du Français, ce qui permettait, sans autre preuve objective car cette planche n'existe plus, d'en déduire qu'il avait bien eu en cet endroit "quelque chose" ! Ces récits, bien qu'imprécis, et les traces encore apparentes avaient malgré tout abouti récemment à l'appellation quasi officielle de "Mémorial Bellot" pour désigner cet endroit, sans que quoi que ce soit ne soit venu l'infirmer, et sans que les autorités ait manifesté le moindre projet de réaménagement du lieu. Nous n'avions pu aller plus loin dans nos conclusions. Depuis, cette question n'a cessé d'être présente. 

C'est suite à la remise du prix Marine ACORAM qui a nous a été décerné en décembre dernier, qu'elle s'est de nouveau imposée. Nous y rencontrons monsieur Philippe Henrat, Membre du Comité de lecture et de l’Académie de marine, qui nous conseille d'entrer en contact avec un de ses amis, le Professeur William Barr, attaché à l'Arctic Institute of North America de l'Université de Calgary au Canada. C'est ce dernier qui, sans hésitation et avec beaucoup de simplicité, nous livrera l'existence des documents que nous espérions, pouvant apporter la preuve qu'il a bien existé sur l'île Beechey un emplacement consacré à la mémoire de Bellot, autre que la plaque déposée sur le mémorial Franklin. A nous maintenant de rechercher les originaux et de faire avancer ce qui s'apparente tout à fait à une enquête. Ce à quoi nous allons nous employer... à suivre donc.

Même si ce n'est pas l'île Beechey qui nous livrera la réponse, nous regarderons  ces " pierres anonymes " avec une tout autre intensité !

Pour terminer cette dixième lettre, nous  vous invitons à rencontrer une amie. Isabelle Chagnon est canadienne. Elle est vive, pétillante, débordante d'activité, elle est aussi passionnée du Grand Nord ! Nous avons fait connaissance en septembre 2009, sur le navire Lyubov Orlova, alors que nous empruntions justement le passage du Nord-Ouest. Nous y donnions des conférences, Isabelle participait en tant que journaliste et photographe. Avec Isabelle, les conférences ne se limitaient pas à l'auditorium, elles se poursuivaient dans les coursives, sur le pont, dans la capitainerie, au restaurant, dans les zodiacs, elles commençaient au petit-déjeuner et ne s'interrompaient que lorsque nous tombions de fatigue (Isabelle n'est jamais fatiguée !).Isabelle tient un blog, à son image, passionnant et inventif. Ce mois-ci elle évoque notre rencontre, n'hésitez pas à vous y rendre et à partager ses passions !

http://blogues.guidesulysse.com/voyage-nordiques-polaires/index.php/2012/04/13/ils-faisaient-du-camping-au-nunavut/#more-289

Info dernière minute : le vol de dépose sur l'île Beechey est confirmé !

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LETTRE N° 9 - Mars 2012  

Bonjour,

Où en est précisément le projet Bellot Franklin 2012 ? 

Dans notre précédente lettre, nous vous donnions les dates arrêtées des vols qui vont nous mener à Resolute Bay. La suite a subi quelques "aménagements"... Nous n'avons pas à cacher que le coût annoncé des trois vols affrétés, le premier sur l'île Devon, le second pour rejoindre l'île Beechey et le troisième pour revenir sur Resolute Bay, a largement dépassé le budget que nous nous étions alloué ! Devant le constat, il n'y avait que deux attitudes : soit établir un autre plan, moins onéreux, soit annuler simplement le projet. Nous avons logiquement opté pour la première solution en retirant deux vols affrétés, concrètement en supprimant la première dépose, sur l'île Devon, et par là même le transfert qui devait suivre : Devon/Beechey. Il n'y aura donc qu'une seule dépose, sur l'île Beechey où nous devrions séjourner environ deux semaines. Sauf événement tout à fait imprévu, nous ne nous rendrons pas au cap Bowden, là précisément où Bellot a disparu. C'est évidemment regrettable mais il n'y avait pas d'autre alternative : concernant l'histoire du passage du Nord-Ouest, l'expédition Franklin et Joseph-René Bellot, l'île Beechey reste le site le plus spectaculaire et le plus emblématique de tout l'Arctique. 

Nous allons donc concentrer toutes nos attentions sur l'île Beechey. Il est trop tôt pour avoir une idée des conditions météorologiques que nous allons y trouver. A cette époque de l'année, fin juillet, la banquise pourrait avoir complètement disparu ainsi que le montre la photographie de la baie de l'Erebus de la page précédente, comme elle peut encore être présente, et offrir de magnifiques vues, quand sur les berges finissent de fondre les dernières convulsions hivernales, ces "hummocks" parfois aussi hauts qu'une maison que la fonte cisèle en fines dentelles. Il n'existe pas de carte récente à grande échelle de l'île Beechey, ce qui n'est pas vraiment un inconvénient, la petite taille de l'île exclut tout risque de s'y perdre ! Ceci est la reproduction d'une carte ancienne où sont annotées les premières traces de l'expédition Franklin, pendant l'hiver 1845-1846. Notez surtout la langue de terre qui rejoint Devon, la grande île voisine. En réalité la continuité existe et dépend des marées. Il est donc possible de traverser à pied sec !

La photo suivante montre parfaitement la montagne tabulaire caractéristique de cette région de l'Arctique, qui forme l'île Beechey. Ce cliché a été pris à quelques kilomètres de distance, à partir de l'île Devon. Les tombes sont situées sur la droite de l'île, les restes du campement Belcher, essentiellement la Maison Northumberland (un des hauts lieux patrimoniaux du Canada !), à gauche. Pour atteindre le cairn Franklin, il faut accéder au sommet de l'île. On le fait sur la droite, par une faille que j'ai légèrement soulignée sur la photo, en pente "relativement" douce (les guillemets pour signifier qu'en réalité le sommet se mérite...). C'est d'ailleurs par ce chemin que s'écoule un filet d'eau provenant de plaques de glace en amont, suffisant pour nous alimenter. C'est au pied de la faille que nous poserons les tentes, juste à proximité des tombes. Le cairn est au sommet, à l'extrême gauche, sur l'autre versant de l'île. Il donne directement sur le détroit de Lancaster. Voilà, vous allez connaître l'île Beechey tout autant que nous !

Dans la prochaine lettre, nous aborderons à nouveau l'île Beechey, cette fois au travers des événements qui se rapportent à Joseph-René Bellot. Et nous envisagerons quelques uns des mystères que l'île abrite !

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LETTRE N° 8 - Février 2012 

Bonjour, 

Et si nous parlions de ceux que vous ne connaissez pas encore, qui nous accompagnent cet été sur l'île Beechey ? 

Marie-Claude et Roman Anson habitent Vannes. Ils sont "fous" de faune et certainement beaucoup plus intrépides voyageurs qu'ils ne le disent ! Volontaires et compétents, ils ont une sérieuse expérience de l'Arctique. Passionnés, il faut les voir quand une touffe de poils ou de plumes entre dans le champ de vision de leur jumelles...  ils peuvent rester sans bouger ni boire ni manger ni dormir pendant... vous n'allez pas me croire ! Ils nous ont accompagnés deux fois au Nunavut, une première fois sur l'île Bathurst, au nord-ouest de Resolute Bay, dans le Haut Arctique, une seconde fois sur l'île Beechey même... et ils y retournent !!! 

Daniel Dekens habite Bajus. Il est sportif et photographe éclectique. La photo, pour Daniel, c'est avant tout un instantané, une touche d'émotion, un zeste de technique... Visitez son blog, il nous présente actuellement ses randonnées islandaises. Daniel est perfectionniste, endurant, exigeant et décidé. Il ne connaît pas encore l'Arctique. Nous l'avons prévenu : mettre les pieds "là-haut" c'est prendre le risque de vouloir y retourner... je ne sais pas s'il nous a crus ! Par contre, Daniel n'a (encore) jamais croisé l'ours blanc. Quand ça va arriver, c'est lui qu'il faudra en tout premier photographier ! 


Quant à nous, vous nous connaissez désormais... nous sommes "adicts" de l'Arctique. Pour la sixième fois cet été  nous verrons les hautes falaises de l'île se dresser devant nous... Ce sera probablement la dernière ! 

Autant dire que nous avons, tous les cinq, de bonnes raisons de préparer, et surtout de faire, ce voyage...  

Vous serez sans doute intéressés d'apprendre que nous venons d'arrêter les dates pour cet été. Si rien ne vient entraver le cours des événements, nous décollerons de Roissy le vendredi 27 juillet pour arriver à Resolute Bay le lendemain samedi vers 18 heures (heure locale), après une escale à Toronto et la nuit à Ottawa.

A partir de là, nous nous sommes donné une fenêtre météo de trois jours pour la dépose par voie aérienne sur l'île Beechey, où nous prévoyons d'installer notre camp pour environ deux semaines. Nous nous donnons également trois jours de battement pour revenir sur Resolute Bay, toujours pour tenir compte des possibilités (ou des difficultés !) de nous récupérer. Nos amis rentreront en France alors que nous resterons dans la communauté inuite une semaine. Retour à Verquigneul le mardi 28 août.

Voilà donc les grandes lignes du projet arrêtées. Pour des raisons diverses (et variées !) la Lettre de ce mois de février sera courte... mais nous aurons bien le temps dans les Lettres suivantes de vous en reparler.

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LETTRE N ° 7 - Janvier 2012

Bonjour, 

carte locale - Copie

Six mois, plus que six mois pour concrétiser notre singulier projet de rendre à Joseph-René Bellot l'hommage qui lui est dû après 150 ans d'oubli. Six mois pour envisager, l'été prochain, notre retour sur l'île Beechey dans le Haut Arctique canadien, dans les meilleures conditions de sécurité. A compter de cette nouvelle lettre et maintenant que le compte à rebours à commencé, nous allons aborder le projet plus concrètement. Nous vous proposons de nous suivre dans toutes les étapes de cette belle aventure. Il y aura certainement beaucoup de choses à vous raconter !

Commençons justement par parler de cette fameuse île, théâtre de nombreuses explorations, située au cœur du passage du Nord-Ouest. Bien que nous connaissions le site, y revenir ne se fera pas sans préparation sérieuse. C'est un lieu totalement désert au sol aride où pas un seul arbre ne pousse. Nous sommes dans le Haut Arctique canadien, avec tous les aléas climatiques liés à cette région du globe. Nous y serons en autonomie absolue. L'ours blanc y vit en totale liberté... Pour (presque) tout savoir, rendez-vous sur la page de notre blog... Mais au fait, pourquoi cette île minuscule s'appelle-t-elle ainsi ?

Vous avez dit... Beechey ? 

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En 1818, Frederick William Beechey est âgé de 22 ans. Il est second sur le Trent, sous le commandement du Lieutenant de Vaisseau... John Franklin, pas encore Sir, ni célèbre (ce sera là d'ailleurs sa seule expérience de navigation en mer polaire, avant qu'il ne soit choisi pour commander la grande expédition de 1845... 27 ans plus tard !). Mais c'est bien de la recherche du passage du Nord-Ouest dont est chargée l'expédition qui échouera après avoir été bloquée au Spitzberg. Beechey, entré dans la Royal Navy à l'âge de 10 ans, s'est fait remarquer par ses capacités d'explorateur, et ses talents de dessinateur.

Un an plus tard, Beechey repart en Arctique à bord de l'Hecla, cette fois sous les ordres du Lieutenant de Vaisseau Parry, à peine débarqué d'une mission commandée par John Ross,  au cours de laquelle les deux hommes s'étaient sérieusement opposés  après que John Ross ait fait demi-tour devant une barrière de montagnes qui, croyait-il, lui barrait le détroit de Lancaster. Parry en avait douté et s'en était ouvert au retour. L'Amirauté, qui n'était pas satisfaite de John Ross, avait donc décidé de renvoyer Parry sans tarder vérifier si les affirmations de Ross étaient fondées. L'Hecla ira bien au-delà du détroit de Lancaster, ouvrant la voie à de futures explorations, dont celle de Franklin, et aura pour conséquence, entre autres, la mise à l'écart de John Ross.  

C'est donc après avoir franchi le fameux détroit, qu'une petite île située au sud-ouest de l'île Devon, est repérée. Beechey est chargé de la baptiser. Contrairement à ce que beaucoup croient, il ne lui donne pas son nom, mais celui de son père ! Par contre, l'expédition n'y aborde pas. Il faudra attendre un quart de siècle pour que d'autres navires s'y aventurent : L'Erebus et le Terror de John Franklin. Ils découvrent une baie abritée (baie de l'Erebe), idéale pour hiverner. C'est là qu'ils passeront l'hiver 1845-46. La suite est connue, l'expédition quittera l'île Beechey sans déposer de message indiquant quelle direction elle allait prendre, avant de disparaître corps et biens. Elle laissait derrière elle trois tombes et les traces d'un hivernage toujours visibles. Le site ne fut (re)découvert que 6 ans plus tard. De par sa situation l'île Beechey deviendra le point de ralliement de toutes les expéditions qui chercheront dans un premier temps les disparus, puis, quand tout espoir de retrouver des survivants sera abandonné, aux expéditions de recherches qui tenteront, pendant des années et sans succès, d'apporter des réponses aux nombreuses énigmes posées par la disparition brutale et totale de l'expédition Franklin. C'est de l'île Beechey que Bellot partira accomplir la mission qui lui sera fatale. C'est à l'île Beechey que nous établirons notre camp de base.

Si vous êtes allé sur la page Beechey de notre blog, vous y avez trouvé les images des restes des expéditions qui y ont hiverné, à commencer par celle de Franklin. Cette photographie ci-dessus est plus originale. Il s'agit cette fois de traces laissées par les hommes mêmes de Franklin, ici celles d'un entrepôt. Le décor est surprenant ! Au loin se découpent nettement les silhouettes des plaques tabulaires de la grande île Devon, hautes de plus de 200 mètres. Vous remarquerez l'étroit cordon pierreux qui relie les deux îles. Deux fois par jour la mer le recouvre pour quelques heures, un mouvement de marée qu'il faut bien mémoriser quand on part randonner de "l'autre côté" !

Une autre vue impressionnante. Celles ou ceux qui ont eu la chance d'aborder l'île Beechey par la mer ont pu entrevoir ce spectacle ! Il s'agit de l'entrée de la baie de l'Erebe. La haute falaise abrupte est celle de la façade est de l'île, orientée vers le détroit de Lancaster. C'est un aplomb vertigineux de près de 250 mètres. Au sommet et quelque peu en retrait se trouve le "cairn Franklin". Au fond de la baie l'île Devon semble toute proche, elle est pourtant distante d'une quinzaine de kilomètres !

Autre image intéressante : la baie de l'Erebe vue de l'île Beechey. En 2002, elle était particulièrement encombrée par une banquise disloquée. Deux ans auparavant elle était totalement libre de glaces ! Comment la trouverons-nous cet été ? Cette petite mer intérieure, bien protégée des tempêtes, n'est pourtant pas aussi calme qu'il y paraît ici. En septembre 2009, alors que nous croisions à bord du Orlava de la compagnie Cruise North, il est arrivé de ne pas pouvoir mettre les canots  à la mer, tant les vents étaient violents !

Nous aurons sans doute le mois prochain des informations précises à vous apporter sur le projet Bellot Franklin 2012, nous vous parlerons, entre autres, de ceux qui nous accompagneront. Pour terminer cette 7ème lettre, voici une autre photographie prise alors qu'une première chute de neige annonçait les rigueurs de l'hiver. C'était en plein milieu du mois d'août 1999... notre tente apparaît bien isolée. Certes nous l'étions, sans que cette impression bien réelle de grande solitude ne parvienne à contrarier l'infini sentiment de liberté que nous pouvions en même temps ressentir. C'est une des vraies contradictions que nous offre le Nord dont il est bien difficile, une fois que vous y avez goûté, de vous passer ! 

Nous espérons que vous avez éprouvé de l'intérêt à découvrir ce courrier. 

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LETTRE N° 6 - Décembre 2011

Bonjour,

Le jeudi 22 mai 1851, le Prince Albert, affrété par lady Franklin, appareille d'Aberdeen à la recherche de l'Erebus et du Terror, de sir John Franklin et de ses hommes. A son bord Joseph-René Bellot. Après l'escale de Stromness, les côtes européennes vont laisser place à celles du Groenland. Dans cette lettre n° 6 suivons Bellot jusqu'à Upernavik, ultime point de  ravitaillement avant le grand saut dans l'inconnu ! Une occasion pour évoquer également notre propre approche du Groenland, à la recherche de sir John Franklin, et le souvenir de grands explorateurs comme Knud Rasmussen et Paul-Emile Victor...

22 Juin 1851, le Prince Albert double le cap Farewell

Bellot est au comble de ses souhaits. Le voici voguant, avec la perspective d'aller à la rencontre de scènes dont il a lu et relu des centaines de fois le caractère rude et magique dans les récits des Ross, Peary, Back, Franklin lui-même ! Au-delà des épreuves qu'il est impatient d'affronter, il a l'intime conviction qu'il a fait le bon choix. Il pense à sa famille, à ceux qui l'aiment, aux tourments qu'il leur impose, mais son destin est ici. Plus personne, aucun événement ne pourra l'en détourner ! Le 30, le Prince Albert franchit le Cercle polaire arctique. Bientôt les premiers icebergs. Le jeune homme est sur le pont, subjugué. A la manœuvre aussi car les difficultés ne font que commencer ! Jour après jour les côtes du Groenland défilent, le Prince Albert monte droit au nord. Le 4 juillet, le navire croise au large de Disco mais ne s'y arrête pas. Toutes les pensées vont à Franklin, dont les dernières lettres ont été envoyées de ce point...

Six jours plus tard, le Prince Albert atteint Upernavik, établissement danois le plus au nord du Groenland. Monsieur Kfarg, Gouverneur de la place, accueille chaleureusement les arrivants. Bellot note qu'aucun navire français n'est passé ici depuis 1835. Une remarque qui alimente la réflexion qu'il s'était déjà faite quelques jours plus tôt alors qu'il avait été impressionné par des baleiniers en pleine activité de chasse, et remarqué que la France était curieusement absente d'une compétition où les Anglais, les Danois et les Américains se taillaient la part du lion ! L'escale sera courte, juste de quoi acheter un traîneau et six chiens. L'interprète attendu ne se présente pas... tant pis, on se passera de lui ! Le projet est d'avancer le Prince Albert au plus vite dans le détroit de Lancaster puis de l'engager dans le canal du prince Régent avant que les glaces ne l'immobilisent. Au plus loin au sud pourra-t-il naviguer le long de la côte est de l'île Somerset ? Plus il se rapprochera du secteur où Franklin pourrait se trouver et plus aisées seront les recherches.

Bellot ne peut toutefois quitter les lieux sans satisfaire sa curiosité naturelle en visitant une hutte esquimaude. Ce sera le choc d'une rencontre dont il n'avait pas prévu l'intensité ! Il voit de ses propres yeux ce qu'il avait imaginé mais la scène dépasse son entendement. Jamais il n'aurait pu croire que des êtres humains puissent vivre dans d'aussi terribles conditions !

Juillet 2001, île de Qeqertarsuak, à la recherche de Franklin

Nous avons longé une grande partie de la côte ouest du Groenland en empruntant l'Express Côtier. Sur cet itinéraire d'environ 1 500 kilomètres, le transport des passagers et du fret est un service important. Le billet permet de combiner des arrêts dans les différentes communautés, une excellente approche du pays et de ses habitants. Nous n'y avons pas trouvé trace du passage de Franklin, comme de Bellot.

La baie de Disco évidemment avait retenu toute notre attention : en première loge d'un glacier qui produit les plus impressionnants icebergs de toute la côte, si ce n'est de l'hémisphère nord, un spectacle d'une beauté brute bien difficile à décrire, même pour le plus enthousiaste des voyageurs ! Mais nous étions davantage intéressés par l'île de Qeqertarsuaq (la grande île), qui occupe l'entrée du fjord, un paradis pour les amateurs d'ornithologie et de botanique mais aussi ancien comptoir danois, où Franklin a fait escale. Sur le détroit de Davis, la chasse à la baleine a été pendant longtemps une activité florissante.

Un lieu repéré sur une ancienne carte : " La Plage des Anglais " nous avait intrigué... Nous nous y sommes fait déposer par un pêcheur de Qeqertarsuaq. L'endroit était naturellement beau mais il n'y avait aucun indice qui aurait pu confirmer le passage de navires anglais ! Par contre, le site était pourvu d'un point d'eau abondante et cristalline, exactement ce qu'il fallait pour remplir les citernes avant de s'engager dans le détroit de Lancaster... Aucune trace de vie humaine (localement, personne n'avait pu nous renseigner quant à la provenance du nom). Le pêcheur est venu nous reprendre en fin de journée. Il n'y avait rien de plus à voir et à faire en cet endroit qu'à jouir de l'instant présent...

Ilulissat

A proximité de la baie de Disco, Ilulissat est la ville la plus "touristique" du Groenland. Elle est aussi au cœur de l'Histoire du pays : 4 000 ans d'occupation par des peuples nomades qui établissaient ici leurs campements d'été pour chasser et pêcher. C'est enfin la ville de naissance d'un grand explorateur et anthropologue danois : Knud Rasmussen (1879-1933), considéré comme le " père de l'esquimaulogie ". Au cours de plusieurs expéditions au Groenland et dans l'Arctique, il recueillit nombre de mythes et de légendes. Il fut le premier Européen à traverser le passage du Nord-Ouest en traîneau à chiens.

Le souvenir de Paul-Emile Victor (Site officiel)

A 6 heures de navigation d'Ilulissat, dans la baie de Quervin, se trouve la " cabane " de Paul-Emile Victor, point de départ des premières Expéditions Polaires Françaises vers l'inlandsis, témoin émouvant d'une aventure qui, elle aussi, est entrée dans la légende.

Une découverte troublante...

Pour poursuivre cette évocation groenlandaise, nous vous présentons un dernier élément, peu connu si ce n'est ignoré ! Si vous vous intéressez à la "Petite Histoire", voici une information de choix ... Avant que l'expédition Franklin n'hiverne sur l'île Beechey et ne s'engage dans le canal de Wellington puis dans le canal du prince Régent, les baleiniers des compagnies de chasses danoises et écossaises s'étaient aussi aventurés dans des secteurs non explorés. Ils ont parfois été les premiers à en reconnaître les côtes. D'autres contribuèrent aux recherches de l'expédition Franklin. Ce fut le cas, en 1850, de deux d'entre eux, rebaptisés le Lady Franklin et le Sophia (en l'honneur de lady Franklin et de sa Dame de Compagnie Sophie Cracroft), placés sous le commandement du capitaine William Penny, figure influente et novatrice de l’histoire britannique de la pêche à la baleine dans l’Arctique.

Nous avons retrouvé, exposé dans le hall d'une maison groenlandaise, un canon à harpon qui occupait l'avant des baleiniers. Celui-ci portait une inscription gravée qui nous a laissés particulièrement perplexes, et rêveurs : Lady Franklin ! Le propriétaire de cet objet inattendu n'a pu nous renseigner sur son origine. Avait-il appartenu à l'un des baleiniers de Penny, celui justement rebaptisé Lady Franklin ? Nous sommes restés, et sommes toujours, sur notre interrogation... Nous vous présentons ci-dessous les photographies de cette découverte, sans commentaire ! Notre voyage au Groenland s'achève ici.

Pour terminer voici quelques photos prises au Salon Nautique à Paris le 10 décembre dernier, lors de la remise du prix MARINE 2011, décerné par l'ACORAM, pour notre livre Le Passage du Nord-Ouest.

Nous profitons des circonstances pour vous souhaitez une excellente fin d'année !

" Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve " Antoine de Saint-Exupéry.

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LETTRE N° 5 - Novembre 2011

Bonjour,

Nanook l'ours blanc

une bonne raison pour (re)partir en Arctique ?

C'est sans aucun doute la rencontre la plus extraordinaire que vous puissiez faire en Arctique. Non pas l'ours derrière les barreaux d'une cage, mais l'ours déambulant libre sur ses terres de chasse, toujours en alerte, sans crainte et plutôt incorrigible curieux ! Voici l'histoire vraie de l'ours de Kivitoo.

Nous étions quelques uns, Kablunas et  Inuits, ayant quitté le matin par la mer  la communauté de Qikiqtarjuaq sur l'île de Baffin, pour un refuge situé au fond du fjord de Kivitoo (un ancien site inuit d'avant la sédentarisation, puis station baleinière écossaise abandonnée à la fin du XIXème siècle). C'était aussi deux cabanes appartenant à la famille Kooneeliusie, servant de relais aux chasseurs : un abri, quelques murs et un chauffage, pour installer nos lits de camp, le grand luxe ici ! Mais un visiteur nous y attendait, Nanook l'ours blanc ! Nanook n'avait apparemment pas l'intention de nous laisser aborder... En fait, l'odeur de quelques phoques stockés dans une réserve l'avait sans doute attiré. Ne sachant comment y accéder, il avait élu domicile à côté des cabanes, dans l'attente d'un événement qui aurait pu tourner à son avantage. Visiblement, il avait faim ! Nous abriter dans le refuge n'a pas été une mince affaire, Nanook ne voulait pas nous laisser le passage. Et pas question de débarquer si nous n'étions pas parvenus à l'éloigner. Des tirs au fusil à quelques centimètres de son museau ne l'ont même pas effrayé, nous n'avions jamais imaginé qu'un ours pouvait ne pas fuir sous pareils coups de semonce ! Enfin, une fois abrités, Nanook ne nous a pas lâchés. Quand il n'essayait pas d'entrer dans la remise, c'était plutôt dans notre propre abri qu'il tentait de le faire. Je peux vous assurer, sans honte, que ça été parfois une vraie panique quand Nanook essayait de pousser la porte ou  testait la solidité de la fenêtre ! Nos armes nous ont alors paru bien dérisoires face à la proximité de l'animal. Ayant bien compris qu'il tenait avant tout à manger, nous avons espéré l'apaiser en lui lançant les restes d'un phoque. Hélas, Nanook, pas dupe, ne s'est pas contenté de notre stratagème. Il en attendait évidemment beaucoup plus, quand bien même il s'était largement léché les babines et s'en était mis plein les pattes ! Comment nous en sommes-nous sortis ? C'est la surprise... si vous voulez en savoir davantage, rendez-vous sur notre blog :L'ours de Kivitoo - extrait du film Arctique canadien  Itinéraires au Nunavut, que nous avons réalisé... trois minutes fabuleuses de ce qui n'en est pas moins une histoire vraie !

Cette photo a été prise à Churchill (Manitoba-Canada), au mois d'octobre, période pendant laquelle un nombre important d'oursnanook Churchill polaires attend le retour de la banquise dans la baie d'Hudson pour regagner les terrains de chasse en Arctique. Nous étions en voiture, Nanook est sorti d'un buisson d'épineux. Nous nous sommes arrêtés, l'ours a contourné la voiture puis a suivi son chemin. Nous étions à la fois pétrifiés sur nos sièges et intérieurement très excités ! Quelques minutes après nous pouvions croire avoir rêvé... restaient quelques images, comme soustraites au temps.

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LETTRE N° 4 - Octobre 2011

Bonjour,

Croyez-vous qu'il n'y a que quelques passionnés (dont nous sommes) qui s'intéressent à tout ce qui touche à la recherche du passage du Nord-Ouest, en particulier à la fabuleuse aventure de l'expédition Franklin ? Le Canada, qui considère que les expéditions anglaises par leur contribution essentielle à la cartographie du nord Canada font partie de l'Histoire du pays, mène depuis plusieurs années d'actives recherches sous-marines pour retrouver les navires perdus de l'expédition Franklin, l'Erebus et le Terror. Voici les toutes dernières informations...

LA MISSION DU BRISE GLACE SIR WILFRID LAURIER :

En août 1997, le Royaume-Uni signait un accord avec le Canada en vue de lui transférer la propriété des épaves de l'Erebus et du Terror ayant fait naufrage dans ses eaux, avec mission d'établir un programme de recherches. Celles-ci furent confiées à Parcs Canada, en partenariat avec le gouvernement du Nunavut et la Garde côtière canadienne. C'est un de ses brise-glace, le Sir Wilfrid Laurier qui commença le travail durant l'été 2008. Si, pour l'instant, les recherches se sont révélées infructueuses pour ce qui est des navires de l'expédition Franklin, elles ont néanmoins permis de retrouver l'épave de l'Investigator, abandonné en 1853 par le commandant McClure alors qu'il tentait de forcer le passage du Nord-Ouest par le nord de l'île de Banks...

Cet été des équipes de plongée ont pu remonter de nombreux artéfacts dont des objets ayant appartenu aux explorateurs... qui permettront, sans doute, d'apporter des précisions sur cet épisode particulier. Parcs Canada tient régulièrement à jour un site d'informations (en français) sur l'avancée de ses recherches. Les épaves de l'Erebus et du Terror, si elles venaient à leur tour à être repérées et examinées, nous apprendraient sans doute des informations utiles sur le sort de l'expédition Franklin. Parmi toutes les interrogations que pose sa fin dramatique, celle concernant les livres de bord est sans doute la plus importante. Aucun de ces documents n'a été retrouvé à proximité des  marins morts sur l'île du roi Guillaume, après que les navires ont été abandonnés. Ce qui laisse supposer qu'ils seraient restés à bord. Mais dans ce cas seraient-ils encore exploitables ? Le simple fait d'entreprendre des recherches à un niveau aussi élevé témoigne bien de l'intérêt que le Canada porte sur cette période de l'histoire de l'Arctique !

Nous avons eu la chance, en septembre 2009, d'emprunter le passage du Nord-Ouest. Parvenu dans le détroit de Franklin (carte), le navire sur lequel nous nous trouvions est resté bloqué par les glaces et a dû être pris en charge par le Sir Wilfrid Laurier, d'où cette photo de circonstance  ! Si la navigation est désormais possible en été sur ce tronçon du passage du Nord-Ouest elle n'en est pas moins tributaire des packs de glace qui le traversent jusqu'à le rendre, par moments, impraticable. Le recours au brise-glace est alors nécessaire... C'est au sortir du détroit de Franklin que l'Erebus et le Terror seront immobilisés deux hivers durant, pour être finalement abandonnés par des équipages affaiblis.

 L'Investigator, ancien navire marchand écossais racheté par la Royal Navy et adapté à l'exploration arctique, mit les voiles en mai 1848 sous les ordres de sir James Clark Ross avec l'Enterprise, dans la première tentative pour retrouver sir John Franklin. De retour en 1849, il quitta de nouveau l'Angleterre en janvier 1850, toujours accompagné de l'Enterprise, pour une seconde expédition, sous le commandement du lieutenant Robert McClure. L'Investigator navigua autour du cap Horn et pénétra dans le passage du Nord-Ouest par la mer de Beaufort. Il sera finalement abandonné dans la baie Mercy en 1853.

 Actualités locales !

Rappelons le vernissage de l'exposition photographique : " Le passage du Nord-Ouest " le 14 octobre dernier en présence de monsieur le Maire de Verquigneul et d'une assistance captivée. Pendant dix jours un public régulier a visité l'exposition. Nous avons apprécié la grande curiosité des visiteurs pour un sujet aussi insolite ! De bons moments également avec les enfants des écoles, très hardis dans les questions, et fascinés quand Nanook l'ours blanc s'est avancé vers eux... sur l'écran bien entendu !

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LETTRE N° 3 - Septembre 2011

Bonjour,

Dans cette lettre n° 3, quelques nouvelles d’Ecosse, dont un véritable « scoop » que nous réservons à nos seuls lectrices et lecteurs !!!

Les circonstances ont fait que  nous nous sommes récemment trouvés à Aberdeen, troisième ville d'Ecosse et un des plus importants ports du Royaume-Uni sur la mer du Nord, pour embarquer pour les îles Shetland. La plupart des expéditions anglaises pour l'Arctique y ont fait escale ou en sont parties. C'était le cas de celle affrétée par lady Franklin en 1851, à laquelle participait notre héros Joseph-René Bellot !

Bellot fut logé dans une des chambres du Royal Hôtel, donnant sur Union Street, l’artère principale de la ville, où résidait lady Franklin. L’établissement n’existe plus, mais Bellot avait fait un croquis de ce qu’il voyait de sa chambre, en particulier les clochers d’une église. Il aurait été fort étonné d’apprendre que le lieu de culte,  aujourd’hui désaffecté, deviendrait le siège d’un bar au titre équivoque de « Slain’s Castle », le « Château des Morts » !

Voyant s’éloigner les toits d’Aberdeen, nous ne pouvions nous empêcher de penser à cette fin d’après-midi du 22 mai 1851, alors que toute la ville, amassée sur les quais, avait fêté le départ du Prince Albert. Bellot embarquait pour sa première expédition en Arctique ! Un chroniqueur écrivait: « Le Prince Albert fut remorqué dans la baie par le Victory, et reçut plusieurs séries d’acclamations, pendant qu’il sortait du port, de la part des équipages des autres navires et de la part des spectateurs qui se trouvaient sur la jetée. L’après-midi étant particulièrement beau, la scène était en même temps excitante, spécialement conjuguée avec la sombre incertitude du succès de l’expédition.  Arrivé dans la baie, toute la voilure fut secouée, et doucement donnant de la bande à tribord, sous une brise du sud, le vaisseau commença son long, mais nous l’espérons profondément, fructueux voyage. » (Extrait de Aberdeen Journal du 28 mai 1851)

Si notre voyage ne nous emmenait pas, cette fois, en Arctique, mais aux îles Shetland, nous ne savions pas qu’il nous réservait une surprise de taille, qui allait nous plonger au cœur de l’expédition de sir John Franklin ! En 1849, quatre années après le départ de l’expédition Franklin, la Royal Navy et l’Angleterre tout entière étaient très inquiètes du sort réservé aux 129 marins et officiers de l’Erebus et du Terror. L’absence totale de nouvelles ne laissait plus aucun doute sur des événements graves survenus dans des régions où les communications étaient inexistantes. La situation était d’autant plus préoccupante que l’expédition en était à son 4ème hivernage, et qu’elle arrivait aux limites de ses capacités de survie… malgré  tout  personne  n‘osait envisager le pire. Cette inquiétude était évidemment  partagée par lady Franklin, dont on connaît le rôle déterminant durant la période qui avait préludé au choix du chef d’expédition… Lady Franklin savait que sans sa volonté, c’était elle (elle qui aurait tant voulu embarquer à bord de l’Erebus !) qui portait la responsabilité de la nomination de sir John. Ainsi lady Franklin passera le reste de son existence (elle survivra 28 années à son mari) à rechercher sir John Franklin et à l’imposer comme le découvreur du passage du Nord-Ouest.

Nous savions qu’en 1849 lady Franklin s’était rendue accompagnée de Sophie Cracroft (nièce de Franklin et fidèle dame de Compagnie), aux îles Orcades et Shetland dans le but d’interroger des baleiniers. La chasse à la baleine était en plein essor et il n’était pas rare que des capitaines de navires s’aventuraient dans des secteurs de l’Arctique où aucun navire ne s’était encore rendu… Qui sait, peut-être l’un d’entre eux était revenu avec des nouvelles rassurantes ! Cette information, presque anecdotique, n’avait guère attiré l’attention des biographes de lady Franklin, encore moins la nôtre, et si nous nous trouvions ces dernières semaines aux îles Shetland c’était poussés par l’envie de connaître ces îles écossaises méconnues.

Une information entre deux lignes dans un guide local, puis une entrevue avec Brian Smith, responsable des archives de Lerwick, capitale des Shetlands (surpris et très intéressé par notre visite croyez-nous !), nous ont appris ce que nous ignorions : si lady Franklin était bien venue ici pour interroger des baleiniers de retour de pêche, c’était aussi, sans doute tout autant, pour entreprendre une curieuse et pour le moins significative démarche !

Venant des îles Orcades, lady Franklin et Sophie Cracroft sont effectivement arrivées à Lerwick le 29 juillet 1849, "... sous une mer démontée et une pluie battante "*.  Après avoir visité le Mainland, elles débarquèrent sur l'île de Unst, la plus au nord des îles habitées de l'archipel. Lady Franklin avait un but bien précis : se rendre sur le point le plus septentrional des îles britanniques, pour y être au plus près de l'Arctique et y faire  pèlerinage. Voulait-elle conjurer le destin, confier aux vents ses remords d'avoir tant insisté pour engager son mari dans la folle aventure du passage du Nord-ouest ? Apparemment, personne n'en a trouvé trace dans son Journal. Néanmoins, sa démarche totalement insolite et ses efforts, non des moindres, pour atteindre ce lieu isolé des Shetlands avaient bien leur motivation, et le Journal de Sophie Cracroft, dont nous avons pu lire des extraits aux archives de Lerwick, porte effectivement le souvenir de ce déplacement. La page, datée du 29 août, est intitulée " Ultima Thule ".

Qui connaît lady Franklin ne sera pas surpris d'apprendre qu'elle ne s'est pas contentée de se faire conduire au nord de l'île de Unst, ce que les locaux se seraient bien contentés de faire, car il y avait aussi un groupe d'îlots volcaniques visibles de la côte bien que pas toujours aisés à atteindre... Lady Franklin était décidée à aller le plus haut possible et elle " n'était pas une dame à se laisser impressionner ! " *

A bord d'une barque menée par quatre hommes, les deux femmes s'y firent conduire, mais lady Franklin, apercevant un rocher plus éloigné encore, celui de Muckle Flugga, pria les rameurs de s'en approcher : " L’esquif se dirigea encore plus au nord, sur un morceau de rocher sans forme, un peu raide, où il y avait un couple de mouettes et un phoque gras et paresseux qui se laissa à regret glisser dans l’eau comme ils approchaient. Les hommes arrêtèrent de ramer mais lady Franklin demanda à y être déposée. Les marins cette fois hochèrent la tête en signe de refus. Alors ils approchèrent au plus près, lady Franklin perchée à l’extrémité de la barque. Les marins tenaient à longueur de bras la barque éloignée des rochers dangereux. "* Dans son Journal, Sophie Cracroft écrira : " « Des milliers d’oiseaux tournaient autour de nous et nous criaient dessus. ». Certains disent que lady Franklin s'en est approchée assez près pour toucher les algues, d'autres qu'elle put y débarquer, nous sommes restés sur cette interrogation ! (* extraits de VICTORIANS 60° NORTH de J. Laughton Jonston - Editions The Shetland Times Ltd – Lerwick - 2007)

Le phare de Muckle Flugga a été construit en 1854, cinq ans seulement après le passage de lady Franklin,  l'année de la découverte de la fin dramatique de l'expédition Franklin par John Rae ! Il est possible de se rendre, après une longue randonnée sur la presqu'île d'Hermaness, au nord de Unst. Le mauvais temps, malheureusement, ne nous a pas permis de la faire. Cette photo a été prise du plus loin où nous avons pu nous rendre...

Sur l'île de Unst, lady Franklin reçut l'hospitalité de la famille Edmondston, propriétaire de la " Buness House". Après son pélerinage sur Muckle Flugga, lady Franklin, satisfaite, "... s’en retourna à Fiska Wick où le groupe se restaura à Buness d’un diner de flétans, de volailles, de plum pudding et de Champagne." La maison Buness est toujours là et appartient encore à une branche de la famille. Si nous n'eûmes pas le plaisir d'y boire du champagne, nous y fûmes très gentiment reçus par les propriétaires actuels, autour d'une tasse de thé et de pâtisseries maison. L'aile droite du bâtiment où furent hébergées les illustres visiteuses n'existe plus, mais le souvenir de lady Franklin était encore très présent  dans les évocations de nos hôtes. Sans doute, cet après-midi là, y avons-nous apporté une note personnelle. Et cette pensée là, voyez-vous, nous a plutôt émus !

L'automne arrive. Ce sera pour nous la préparation des dossiers en vue de l'expédition prévue pour l'été prochain, des étapes fastidieuses mais nécessaires. En attendant, nous donnons rendez-vous, à celles et ceux qui le souhaitent et en ont la possibilité (tous les destinataires de cette lettre n'habitent pas notre région , ni la France !), à visiter l'exposition photographique sur le passage du Nord-Ouest que nous organisons dans notre village durant la seconde quinzaine d'octobre. Une belle opportunité pour nous rencontrer, et, éventuellement, pour prendre connaissance de notre livre qui vient de paraître !

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LETTRE N° 2 - Août 2011

Bonjour,

Trois grandes institutions nous ont permis de partager l'atmosphère exceptionnelle des  explorations anglaises en Arctique au milieu du XIXème siècle, jusqu'aux préparatifs de l'expédition confiée à sir John Franklin pour découvrir, après trois siècles d'efforts, le fameux passage du Nord-Ouest : le prestigieux Scott Polar Research Institute de Cambridge en Angleterre, et, au Canada, les archives de la Compagnie de la baie d'Hudson de Winnipeg et le Prince of Wales Northern Heritage Centre de Yellowknife. Nous vous proposons de détailler dans ce courrier une partie de notre parcours de ces dernières années, pour aboutir au projet que nous voulions réaliser, et qui nous a menés, entre autres, à solliciter les plus grands centres de recherche dans le domaine de l'exploration arctique.

Le Scott Polar Research Institute : Le SPRI pour les "pratiquants" ! Le Centre de Recherche a été créé à Cambridge en Angleterre en 1920 en l'honneur de Robert Falcon Scott et de ses compagnons, morts en 1912, au retour de l'expédition Terra Nova sur le pôle Sud. Il recueille la quasi totalité des archives concernant l'exploration arctique (et antarctique). C'est aussi un  musée. Nous savions que le SPRI possédait, pour ce qui nous intéressait : les carnets personnels de lady Franklin, quelques correspondances privées avec Bellot, les mémoires du commandant Belcher à la recherche de Franklin, deux tomes aujourd'hui introuvables, et le journal personnel de John Rae.

Il faut s'inscrire des mois à l'avance pour accéder à une place comme consultant et bénéficier des services offerts aux chercheurs : un espace réservé, l'accès à tous les documents archivés, y compris les plus rares, et une personne de l'Institut à disposition (et cela gratuitement, sans être obligés de présenter des titres universitaires pour s'inscrire...). Inutile de vous dire que nous étions impressionnés ! Nous avons été reçus, et traités, avec considération... Que des Français s'intéressent (enfin !) à Bellot était gratifiant aux yeux des Anglais chez qui notre personnage bénéficie toujours d'une réelle popularité ( ce qui nous sera répété plusieurs fois, également au Canada) ! Nous avions réservé 4 journées de travail, qui n'ont pas été de trop pour consulter l'ensemble des documents souhaités, en anglais bien sûr, une bonne part constitués de lettres anciennes, fragiles, à ne manipuler qu'avec des gants... ah ! le temps passé à déchiffrer les écritures manuscrites, spécialement celle de lady Franklin ! Mais quelle émotion aussi d'avoir devant soi des courriers personnels et d'en tourner les pages ! C'est au Scott Polar Research Institute que nous découvrirons le message rédigé de la main de Bellot, laissé dans une cache à port Neil lors d'une exploration sur les côtes nord-ouest de Baffin, le 6 septembre 1851, alors qu'il participait à sa première expédition en Arctique. Ce message, récupéré 23 ans plus tard par le capitaine Souton du baleinier Intrepid, a été ramené en Angleterre puis remis à lady Franklin... pour se retrouver finalement dans les archives du SPRI !

Les archives de la Compagnie de la baie d'Hudson : Elles sont une division importante des archives du Manitoba, conservées à Winnipeg, la capitale, et considérées comme de véritables trésors nationaux. La HBC, fondée à Londres en 1670 pour la traite des fourrures, est intimement liée à l'Histoire du Canada. C'est la plus ancienne compagnie commerciale à capital-actions du monde anglophone, toujours en activité. Ses archives sont ouvertes à tous.

Pour la "petite" histoire, vous découvrirez peut-être que c'est après avoir été éconduits par la France, que deux "coureurs des bois" de la Nouvelle-France : Pierre-Esprit Radisson et Médart Chouart des Groseilliers, se présentèrent à la cour du roi d'Angleterre Charles II pour le convaincre des fantastiques capacités de traite des fourrures dans les territoires à l'ouest de la baie d'Hudson. Convaincus, les Anglais leur confièrent une mission d'exploration qui confirma au delà de toute espérance leurs affirmations ! Elle aboutira, au détriment de nos intérêts, à la création de la Compagnie. C'est à partir des postes de traite de la HBC, dont certains avaient été installés très haut dans le Nord, que plusieurs expéditions partiront à la recherche du passage du Nord-Ouest, comme celles de John Franklin en 1819-1822 et 1825-1827.

Il était indispensable pour nous de bien comprendre ce qu'avait été la participation de la HBC dans l'exploration de l'Arctique, rivale de la Royal Navy quand elle avait inscrit dans sa charte la recherche et la découverte du célèbre passage du Nord-Ouest ! Nous voulions également recueillir toutes les informations à propos du rôle qu'a tenu l'Ecossais John Rae (à lire uniquement si vous avez du temps !), qui travaillait pour le compte de la Compagnie et qui fut en 1854 à l'origine de la découverte du sort final de l'expédition Franklin. Nous reprendrons également les recherches entreprises par un écrivain canadien Ken Mac Googan (que nous remercions par ailleurs) pour qui le véritable découvreur du passage du Nord-Ouest est John Rae, contredisant la thèse officielle toujours admise, qui l'attribue à sir John Franklin ! Quand vous apprendrez d'ailleurs à quel point la Royal Navy et la HBC ont été rivales sur cette question (comme sur tant d'autres), vous comprendrez que le sujet est toujours sensible... La baie d'Hudson et l'histoire de la Compagnie de la baie d'Hudson sont particulièrement bien décrites dans un roman de Jules Verne, Le Pays des fourrures, paru en 1871.

La Compagnie de la baie d'Hudson avait créé sur la Red River deux postes de traite, Upper et Lower Fort Garry. Le premier a quasiment disparu, englouti dans ce qui deviendra la ville de Winnipeg. Le second, situé à une trentaine de miles, a été particulièrement bien restauré. Lower Fort Garry est un bel exemple d'architecture de poste de traite créé par la Compagnie de la baie d'Hudson. John Rae y effectuera un long séjour en octobre 1844. Il était, entre autres, un infatigable marcheur. Pour entretenir sa forme physique pendant l'hiver, il allait faire chaque jour, sans se soucier du temps, l'aller-retour entre Upper et Lower Fort Garry, aujourd'hui Winnipeg... 90 kilomètres en raquettes dans une neige profonde ! John Rae méritait bien le surnom d'Aglooka, l'homme aux grandes enjambées que les Inuit lui donneront.

Le Prince of Wales Northern Heritage Centre : Troisième et dernière étape de notre Lettre n°2 : Yellowknife, capitale des Territoires du Nord-Ouest du Canada. C'est toute l'Histoire de l'ancienne Terre de Rupert qui est ici sauvegardée (avec celle du Nunavut... partie intégrante des Territoires du Nord-Ouest avant 1999 et autonome depuis). Et c'est sans nulle doute ici que nous avons éprouvé nos plus vives émotions, quand nous avons pu accéder aux "reliques" préservées de l'île Beechey ! Pour nous qui avions séjourné sur l'île, voir et prendre entre nos mains les marqueurs tumulaires originaux des marins de l'expédition Franklin que le premier hivernage n'a pas épargnés, et la plaque qui avait été déposée à la mémoire de Bellot, nous permettaient d'accéder plus qu'émotionnellement aux drames qui se sont déroulés dans cette partie extrême du monde... pendant quelques instants, le temps s'est comme rétréci, nous ramenant loin en arrière. Nous avons eu la sensation physique d'appréhender l'Histoire.

Nous remercions profondément Susan Irving (Collections Section Prince of Wales Northern Heritage Centre), qui nous a permis de connaître ces moments privilégiés. C'est aussi avec elle que nous avons partagé l'essentiel des informations concernant l'un des mystères que renferme l'île Beechey, probablement le plus important pour nous : l'emplacement d'une "cinquième tombe" ! De plus en plus d'éléments tendent à accréditer la thèse qu'il y aurait eu là un mémorial pour Bellot... si nous avons, par notre intervention et notre projet de livre, donné à Susan Irving ainsi qu'à quelques autres chercheurs du CCI (Institut canadien de conservation - Ottawa), l'envie de reprendre les recherches sur cette question, nous aurons fait notre part !

Nadine tient entre ses mains la plaque tumulaire originale de John Torrington, marin du Terror, premier mort de l'expédition Franklin, décédé le 1er janvier 1846. La plaque originale consacrée à Bellot que Jean-Claude a le privilège d'examiner reposait depuis 1854 sur le Mémorial Franklin à l'île Beechey, Elle a été remplacée en 1977 pour la préserver des intempéries et ... des risques de vol !

De Winnipeg, cap au nord-ouest ! Les pistes qu'Alexander Mackenzie, John Franklin, Georges Back, John Rae et quelques autres ouvrirent dans la toundra pour établir la cartographie des vastes étendues marécageuses au nord du continent américain, prémices à la découverte du passage du Nord-Ouest, sont aujourd'hui de longues routes qui relient Winnipeg aux communautés indiennes et inuites du nord-ouest du Canada, jusqu'à l'océan Arctique. Il faut être solidement amoureux de la nature, et de la solitude, pour les emprunter...

Nous espérons que ces dernières images vous auront permis de vous évader quelques instants, faisant s'entrouvrir une (infime) partie de ces terres qui ont conservé toutes les apparences d'une primitive beauté. De là à les regarder telles que John Franklin les a découvertes, il y a un pas qu'il nous est bien souvent arrivé de franchir !

Bientôt la suite...

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LETTRE N° 1 - Juillet 2011

Bonjour, Quand nous avons planté notre tente sur l'île Beechey, un îlot perdu de l'archipel de la reine Elisabeth (Haut Arctique canadien), nous n'avions qu'une vague idée de la longue et tragique histoire du passage du Nord-Ouest, ainsi que des 129 hommes de l'expédition anglaise de sir John Franklin partis en 1845 à la conquête d'une voie navigable qui relierait les océans Atlantique et Pacifique, et qui ne revinrent jamais en Angleterre... et encore moins de Joseph-René Bellot, jeune officier de la marine impériale française, disparu lui aussi dans les glaces, alors qu'il participait à une expédition de secours ! C'est pourtant, sur ce rocher désert et inhospitalier, devant quelques tombes, des lambeaux de bâtiments, une multitude d'objets abandonnés, témoins d'une histoire terrifiante mais aussi fascinante, que nous prîmes la décision de raconter cette épopée, au travers de la vie de Bellot.

 

Iceberg dans le détroit de LancasterMais qui était le Rochefortais Bellot ? Pourquoi un marin français s'était-il volontairement engagé sur un navire anglais ? En quoi consistait l'expédition Franklin ? Son chef était-il aussi compétent que les autorités ont voulu le faire croire ? L'expédition Franklin a-t-elle été réellement à l'origine de la découverte du passage du Nord-Ouest ? Tous ces hommes sacrifiés, l'avaient-ils été pour des intérêts économiques ou militaires, pour l'exploration ou pour la seule gloire ? Enfin, que représente aujourd'hui le passage du Nord-Ouest ? Deviendra-t-il une des grandes voies navigables de demain, et avec quelles conséquences ? Quels sont les enjeux posés en Arctique par le dérèglement climatique ?

 

Nous avons renouvelé l'expédition sur l'île Beechey en 2002... et pendant plus de dix ans nous avons mené l'enquête... en France (aux archives de la Marine, à Rochefort bien sûr où Bellot a passé l'essentiel de son existence), en Angleterre (aux archives autant nationales à Londres que locales pour des journaux d'époque, principalement le Times et L'Illustrated London News", ainsi qu'au Scott Polar Institute de Cambridge où sont centralisés tous les documents, anciens et récents, en relation avec l'Arctique), en Ecosse (dernière escale européenne des expéditions partant à la découverte du passage du Nord-Ouest mais aussi pays natal de deux des protagonistes de notre recherche : John Ross et John Rae), au Canada bien sûr (aux incontournables archives de la Compagnie de la baie d'Hudson à Winnipeg, et au Prince of Wales Northern Heritage Centre de Yellowknife, capitale des Territoires du Nord-Ouest, où toute l'archéologie qui touche au Haut Arctique canadien est étudiée), par correspondance également avec la Tasmanie (où Franklin fut gouverneur) et aux Etats-Unis (pour des documents en relation avec l'amitié que Bellot avait nouée avec l'explorateur Elisha Kent Kane). Voilà pour l'essentiel, sans oublier bien entendu plusieurs voyages au Nunavut, dont trois expéditions en autonomie.

 Tombes à Beechey IslandAvec quelques amis (nous en reparlerons) décidés à participer à cette entreprise, nous projetons d'achever notre quête en été 2012 en retournant sur l'île Beechey, puis de nous faire déposer sur l'île Devon, au plus près du cap Bowden, précisément là où Bellot disparut dans les eaux en tempête du canal de Wellington.

A notre connaissance, plus personne n'a abordé les rives du cap Bowden depuis ce funeste 18 août 1853 !

C'est cette formidable aventure que nous allons partager avec vous.

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