Extrait du Chapitre I - paragraphe 2) a)

" L’Arctique, cependant, suscite d’autres appels. Né à Spilsby, village du Lincolshire, le jeune Franklin, dit-on, avait gardé d’une excursion au lieu-dit Salt Fleet, une étendue de dunes recouvertes d’oyats, à dix miles de là, un souvenir impérissable. Face à la mer qu’il voyait pour la première fois, sa vocation serait née… De l’anecdote, invérifiable, à la légende, beaucoup feront le pas :

Sir John Franklin

« Le soleil brille, les vastes champs de froment doré qui s’étendent sur les terres fécondes du Lincolnshire sont ondulés par le zéphyr et laissent entrevoir, non sans coquetteries, les frais bluets et les pavots éclatants qu’ils ravissent capricieusement à l’œil enchanté... Un jeune enfant bondit dans ces plaines riantes, il saute ces larges fossés pour courir sur une plage sablonneuse que fouettent les vagues écumantes de la mer du Nord. Son œil noir et brillant, ses membres vigoureux, sa large physionomie anglaise et son menton bien formé prédisent la force de son caractère. Tout bouillant de sa course, la sueur perlant sur ses blonds sourcils et l’œil étincelant d’un enthousiasme enfantin, il s’élance de la verte pelouse sur les sables, et, par un cri d’admiration, salue le grand Océan ! Il avait entendu dire chez son père à Spilsby, et il avait lu pendant ses cours d’études à Louth, comment, sur cet océan, le fils d’un ecclésiastique de village (Nelson) rabaissait l’orgueil des ennemis de l’Angleterre, et maintenant il se trouvait en face de cette belle mer où son imagination ardente lui avait frayé le chemin d’une carrière glorieuse. C’était tout ! c’était plus que ses espérances ambitieuses ne lui avaient peint ! De cette heure John Franklin fut marin. »

(Sherard Osborn - explorateur écrivain - 1860 -Traduction de Justine Dalencourt, sœur de Bellot ! - Ms n°21 753 - Médiathèque de Rochefort).

En vérité, les parents de Franklin (son père est marchand de tissus) auraient préféré qu’il embrasse une carrière religieuse ! S’ils  l’avaient fait engager sur un navire marchand qui faisait la liaison entre Kingston upon Hull et Lisbonne, c’était pour le dissuader de devenir marin... Mais comme l’expérience avait affermi la résolution de l’adolescent, son père le fit entrer, à quatorze ans, dans la marine royale à titre de volontaire de première classe sur le Polyphemus, d’où la vocation, et la légende ! "